ΣΠΥΡΟΣ ΔΗΜΑΝΟΠΟΥΛΟΣ, Η κοινωνική διαστρωμάτωση του μουσουλμανικού πληθυσμού του Ρεθύμνου και η διεκδίκηση της ανταλλάξιμης περιουσίας, 1924-1927, Μνήμων, 31|2010, 151-186


Spiros Dimanopoulos, La stratification sociale de la population musulmane de Rethymno et la revendication de la fortune échangeable, 1924-1927 Cet article pose la question de la stratification sociale de Rethymno et de la façon dont elle se manifeste dans l’organisation de l’espace citadin. Notre enquêtese veut une étude approfondie de la structure de la propriété de la population musulmane, en tenant compte de son activité professionnelle et économique. Pendant la période 1924-1927, la société locale fait face à un double problème, d’un côté l’expulsion des populations musulmanes et de l’autre l’intégration de réfugiés grecs d’Asie Mineure qui arrivent sur l’île après le Traité d’échange de populations entre la Grèce et la Turquie (1924), ainsi que la réintégration des soldats qui reviennent dans leur ville natale. Pendant les trois premières décennies du XXe siècle, le fonctionnement principal de l’économie de la ville consiste en la concentration, la commercialisation et la distribution de la production du secteur agricole. Ainsi, les bâtiments qui permettent le stockage, l’exportation des produits locaux et l’importation de denrées, appartiennent aux classes sociales les plus élevées. Ensuite, on trouve les propriétaires dont la fortune montre qu’ils s’occupent du commerce de détail et des services des besoins de l’économie locale. Enfin, l’échelle la plus basse de la hiérarchie sociale est formée d’individus qui possèdent une petite propriété ou un minimum de ressources. Il s’agit essentiellement de la main-d’æuvre masculine de la ville qui travaille de façon permanente ou saisonnière. L’expulsion des musulmanes ouvre au sein de chaque classe sociale la voie aux revendications des ressources économiques et de la fortune, notamment des biens immobiliers, des gens qui partent. Le processus de transmission des fortunes musulmanes provoque des conflits, de plus en plus nombreux en raison de l’afflux massif de refugiés, mettant aux prises les couches sociales les plus basses et les populations excédentaires du secteur agricole. Ces deux groupes sociaux voient dans le départ des musulmans l’occasion d’améliorer leur situation sociale et professionnelle. Pourtant, la répartition effective des fortunes musulmanes montre que ce sont finalement les réfugiés qui vont occuper les logements abandonnés par les musulmans, comme le stipulait le traité d’échange des populations et des fortunes. Au contraire, l’immobilier à usage professionnel devient la propriété des habitants indigènes de la ville. Les couches sociales les plus hautes parviennent à bénéficier de l’usufruit des biens immobiliers de plus grande valeur, ce qui leur permet d’accroître l’activité économique. De l’autre côté, les couches sociales les plus basses profitent de l’acquisition de biens immobiliers de valeur plus modestes qui peuvent servir à l’activité économique du marché local. Donc, à travers ce processus de partage on perçoit un règlement atypique entre les couches sociales qui présuppose, d’une part, sans le remettre en cause, l’accès à la propriété pour les couches sociales les plus basses, et de l’autre, l’assurance pour les classes sociales les plus élevées de préserver leur position par la prise de bénéfices dans la répartition des ressources économiques de la société.

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